One Man’s Mess Is Another Man’s Masterpiece

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du 22 juin au 17 juillet 2010

Empruntant son titre à une série d’œuvres de Pierre BISMUTH, l’exposition One Man’s Mess is Another Man’s Masterpiece explore la notion de valeur, et sa relativité. Les œuvres présentées ont en commun le fait que la question de la valeur soit consubstantielle à leur matériau originel et se pose dès avant leur importation dans le champ de l’art.

Ainsi, l’œuvre éponyme de Pierre Bismuth (2006), évoquant le bris accidentel de La mariée mise à nu par ses célibataires, même de Marcel Duchamp, est un agrandissement photographique d’une protection en verre pour diapositive, cassée par l’artiste : avec humour, il transforme un matériel standard initialement utilisé pour présenter des images, en une image elle-même, en même temps qu’il investit d’une valeur artistique une surface de verre endommagée.
Dans le même esprit, Pierre BISMUTH présente un tas de pièces de petite monnaie du monde entier, de celles qui typiquement restent dans les poches au retour d’un voyage car leur valeur résiduelle n’a même pas permis d’acheter un paquet de chewing gum à l’aéroport, mais ici dorées à l’or 24 carats. À la fois homogénéisées et magnifiées, elles perdent paradoxalement le peu de valeur monétaire qu’elles avaient parce qu’elles sont dorées, mais la couche de dorure est trop fine pour qu’elles y gagnent une autre valeur (Untitled, 2010).

Pour sa nouvelle série Concrete Gardens, Wilfrid Almendra récupère dans des jardins pavillonnaires des reproductions bon marché de statues classiques, telles qu’elles se sont répandues avec les lotissements, en les échangeant contre les mêmes ou à peu près, mais neuves. Portant les stigmates du temps et des assauts répétés des tondeuses à gazon, elles ont perdu aux yeux de leurs anciens propriétaires leur valeur de fidèles copies, mais acquis une nouvelle beauté brute, révélées quand, toutes à la même hauteur sur des socles en marbre, elles réintègrent le champ de l’art.

Cyprien Gaillard a quant à lui décollé dans la rue des affichettes photocopiées annonçant des concerts de musique classique dans des églises parisiennes, aux couleurs criardes et au graphisme à l’efficacité basique : Bach, Liszt, Chopin et consorts promus de la même façon que des groupes punk, culture haute et culture basse dans un grand mouvement de télescopage (Untitled, 2008).

The Other People Behind Our Products (White) (2010) de Zak Kitnick consiste en une série de trois cadres boîtes dont le verre est remplacé par des grilles perforées blanches aux motifs variés, habituellement utilisées pour couvrir les radiateurs, c’est-à-dire pour cacher tout en laissant passer, et s’effacer elles aussi. Fonctionnant comme des moucharabieh, dont l’effet est renforcé par un accrochage anormalement haut selon un protocole défini par l’artiste, ces grilles confèrent une aura de mystère, aux objets placés sur le fond du cadre, qui sont pourtant des éléments de bricolage et décoration standard, révélés en même temps qu’ils sont soustraits au regard.

Work #88 (1995-2010) de Martin Creed consiste en un morceau de papier A4 blanc roulé en boule, qui acquiert aux yeux de l’artiste, par ce geste simplissime sur un matériau extrêmement standard, la plus grande qualité esthétique possible.

Étienne Chambaud présente trois œuvres de sa série Appareil cyclopéen(La grotte (2009-2010), La cabane (2010) et L’usine (2010)), chacune composée d’un ensemble prédéfini de pierres entaillées et de plaques de plexiglas de formes et de couleurs différentes, reconfiguré à chaque monstration pour correspondre à une structure archétypale exprimée dans le titre ; cependant, la reconfiguration est confiée par l’artiste à la progéniture des galeristes, collectionneurs ou commissaires d’exposition qui exposent les œuvres. Si le résultat évoque visuellement une sorte de version archaïque d’une esthétique relationnelle à la Liam Gillick, leur capacité relationnelle est comme mise en échec : si l’intention de départ est très claire dans le titre, l’intervention des enfants la déjoue forcément.

Enfin, Untitled (Bust) (2002) est une pièce séminale de Piero Golia : invité pour une de ses premières expositions, il avait dû emprunter de l’argent pour produire son œuvre. Craignant, si l’œuvre ne se vendait pas, de ne pouvoir rembourser ce prêt, il décida de le convertir en petites pièces, les plus petites qui existaient alors en Italie, et d’en recouvrir une statue ; si l’œuvre ne se vendait pas, il pourrait toujours la briser, récupérer les pièces et ainsi rembourser le prêt. Son choix se porta sur un buste antique, comme une caution artistique pour sa propre œuvre, à la beauté finalement indéniable. Depuis, la lire a été remplacée par l’euro, les petites pièces ont perdu toute valeur, mais l’œuvre d’art a gardé la sienne. Investissez dans l’art !

Jusqu’au 17 juillet 2010.

Cosmic Galerie
Maison des associations 1/3, rue Frédérick Lemaitre  75020  - Paris
Tél. : 01 42 71 72 73
site : http://www.cosmicgalerie.com

Article publié le 22 juin 2010

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