Il y a quelque chose de fascinant dans les hôtels de rêve. C’est peut-être parce que ce sont des lieux où la vie (votre vie) s’agrandit, où l’enthousiasme vous traverse (qui ne sourit pas en découvrant qu’il y a une baignoire ?), ce qui vous inquiétait hier devient léger, la tristesse s’apaise, le temps s’arrête. C’est exactement ce qui nous est arrivé au Mandarin Oriental Genève, cathédrale des merveilles face au Rhône. Je sais que le mantra de cette chaîne (j’aime découvrir ces choses, ça m’arrive aussi avec les gens, c’est pour ça que je demande toujours : quelle est la devise qui te définit ?) c’est « fans de l’exceptionnel, tous les jours, partout ». Comme c’est courageux.
L’un des écrivains qui a le plus et le mieux parcouru le terrain de l’exceptionnel dans le quadrilatère littéraire s’appelle Jorge Luis Borges ; vécu ses dernières années à Genève, nous nous sommes arrêtés près de sa tombe au cimetière de Plainpalais (aussi appelé Cimetière des Roisle cimetière des Rois) car ce n’est pas nécessaire, je sais par cœur ce qui est gravé dans la pierre : « Et ne forthedon na ». N’ayez pas peur. A propos de cette phrase, la silhouette de plusieurs chevaliers chevauchant vers la mort (ou est-ce vers la vie ?), je n’y avais jamais pensé mais c’est peut-être un des thèmes autour desquels gravite chacun des mots que je plante noir sur blanc : vivre sans peur. Ou plutôt : vivre malgré la peur. Mettez de côté votre peur de l’avenir : il vaut toujours mieux essayer. Accepter que chaque instant est un cadeau, que nous n’avons que cela, c’est pourquoi il faut rechercher l’exceptionnel avec détermination.
Mandarin Oriental Genève a quelque chose d’une annonciation, un temple plein de calme face au bruit du monde, né sous les prémisses du luxe suisse classique : discrétion, souci obsessionnel du détail, vivre et laisser vivre. Cela me convient. Devant les ponts de l’Île et de la Coulouvrenière, où convergent la Genève d’antan et d’aujourd’hui. De notre chambre nous voyons le lac Léman, miroir de silence au pied des Alpes, l’Europe manque peut-être le train du futur mais quelle différence cela fait-il si nous pouvons encore visiter des lieux comme celui-ci, où règnent (continuent de régner) la culture, la civilité, la mémoire et la vérité. Arrivés tôt, nous avons mangé un morceau à leur bar à cocktails MO Bar, leurs « Frites à la truffe » me rendent fou (ce ne seront pas les derniers) accompagnées d’un Old Fashioned tout simplement parfait. Nous avons traversé le pont du Mont-Blanc, flâné dans la vieille ville (Vieille Ville) autour de la cathédrale Saint-Pierre, visité – avec émerveillement – le Musée d’Art et d’Histoire, puis pris un café place du Bourg-de-Four.
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Nous avons dîné tôt dans un des lieux incontournables de l’hôtel, le restaurant Ottolenghi de Maxime Martin (disciple de Neil Campbell, créateur du concept original au ROVI à Londres) qui a tout ce qu’il faut dans un restaurant pour que Laura en tombe amoureuse : un travail exceptionnel des légumes, une salle sans raideur, de bons cocktails, des vins à boire, étant bien clair que le thème ici est de s’amuser. On boit légèrement, on partage plusieurs plats au centre (beignets de kimchi et Gruyère et fasolakia d’haricots verts), après le dîner on se promène le long du Rhône, le long du quai Turrettini, la ville (comme nous) s’endort vite, je crois n’avoir jamais aussi bien dormi que dans ce lit, face à ce fleuve. La pièce était pleine d’orchidées. Demain sera un autre jour. C’est vrai, chaque instant est l’occasion de retrouver des instants de beauté.