Cette ode est simple, comme eux. Ces gâteaux ? des pains ? des biscuits ? Ils accompagnent les petits déjeuners et les thés en Grande-Bretagne depuis des siècles. Ils le font sans artifices, sans vouloir être les rois de la table : ils ne veulent plus s’en soucier depuis des siècles.
En atterrissant à Londres et en entrant dans un supermarché Marks & Spencer (car c’est ce qu’il faut faire), votre regard est attiré par les scones, qu’ils soient cuits ou emballés. Il faut vaincre la tentation de les acheter car, là où on les voit, si humbles, ils exigent leur protocole minimum. On ne les mange pas dans la rue : ce ne sont pas des croissants. Un scone nécessite une table et une chaise et, si possible, une nappe en tissu, une assiette en porcelaine et une bonne tasse de thé à proximité.
Avant de continuer, expliquons la prononciation du mot : en Angleterre, c’est scone et en Ecosse c’est scún. Choisissons. Là, on sent déjà quelque chose : cette nourriture n’est pas la même pour tout le monde. L’origine du nom n’est pas claire. Il existe différentes théories : l’une défend le néerlandais schoonbroot (« pain fin/blanc ») et l’autre l’allemand (mélange schoon/schön = « beau/fin » et brot/broot = pain). Le plus possible, en raison de sa proximité, semble être celui du gaélique : dans cette langue impossible, sgonn signifie « morceau, morceau, grosse bouchée ». Et un scone est une mazacote, mais c’est notre mazacote.
Il est ainsi depuis de nombreux siècles, amorphe et en apparence, seulement en apparence, peu juteux. La plus ancienne recette écrite remonte à 1669 (Wellcome Collection) et mentionne une préparation à base de farine, groseilles, œufs, sucre, levure de bière et crème. Les scones étaient préparés à la maison et pour la consommation domestique jusqu’à ce qu’une femme appelée Anne Marie Stanhope, alors duchesse de Bedford, commence à leur servir du thé à l’été 1840. L’extravagance (un humble bonbon dans une maison chic) était si populaire que la reine Victoria elle-même l’a adopté. Et ce que la reine a approuvé, eh bien, c’était le influenceur définitif du moment, c’est devenu une tradition. À partir de ce moment-là, il n’y aura plus de Afternoon Tea, cette coutume très civilisée, sans eux. Si nous ne les trouvons pas à la table, nous ressentirons une profonde déception.
