Basurama : le collectif qui transforme les déchets en art

Nous sommes de grands créateurs de déchets

Pour eux, le problème des déchets est aussi une façon de regarder la ville, et le regard est clair : « L’espace public est de plus en plus privatisé ou réglementé et est moins populaire et informel. Il est axé sur le tourisme, une certaine élite, il est plus de façade et soi-disant plus propre (plus propre ne veut pas dire que la ville est plus écologique dans la gestion de ses déchets…). La seule chose qui s’est améliorée, c’est la lutte contre le véhicule particulier, même s’il y a encore beaucoup à mener.

D’où son diagnostic grossier : les villes sont des monstres producteurs de déchets. « C’est parce qu’ils rêvent toujours de grandir ; ils ne se conçoivent toujours pas à partir de la réduction (il y a toujours une volonté de consommer des terres, des ressources, des entrepôts, des routes, des infrastructures, plus de logements…). »

La cartographie résiduelle des villes

Cette croissance constante signifie que, comme ils le disent eux-mêmes, « le résidu le plus surprenant reste à découvrir ». Si les villes étaient une cartographie, expliquent-ils, nous serions surpris par la quantité de déchets méconnus qui existent et auxquels ils tentent de donner une nouvelle vie artistiquement.

Mais cette cartographie change aussi selon les lieux. Dans certains pays d’Afrique ou d’Amérique latine, ainsi que dans des villes asiatiques comme Dhaka, ils signalent que « les déchets et leur gestion continuent d’être visibles : des systèmes de collecte formels et informels coexistent et il existe une culture de réparation et de réutilisation très présente ». Mais néanmoins, « dans ce que nous appellerions le nord de la planète, les déchets sont cachés : nous ne savons pas où ils vont, comment ils sont gérés ou où ils finissent dans de nombreux cas, car il existe une chaîne d’intermédiaires qui rend difficile leur traçabilité ».

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Son travail s’est développé dans des contextes très différents. En Chine, par exemple, ils ont réalisé le projet Phylumune installation construite avec près de 200 disques métalliques récupérés sur d’anciennes machines textiles à Foshan, un territoire clé de l’industrie mondiale de l’habillement. La pièce relie deux moments de cette histoire : la production traditionnelle de la soie et l’ère actuelle de la fast fashion, et ce à travers des vestiges industriels qui préservent les traces de tout ce travail. Transformés en espace public, ces éléments créent un lieu de rencontre et de mémoire où l’on peut se reposer, jouer et réfléchir sur le cycle de production et d’élimination des textiles.