J’ai toujours été fasciné par l’observation de la transformation de la nature. Il y a quelque chose de spécial dans ses changements lents et presque imperceptibles : le châtaignier du quartier, qui était en sommeil il y a quelques jours, a déjà aujourd’hui ses premières pousses vertes, comme cette nouvelle ride sur un être cher, comme sentir que cette phrase qui vous définissait auparavant ne vous représente plus autant. Dans un monde où s’arrêter signifie être laissé pour compte, ceux qui se concentrent sur l’arrière-plan gagnent. Ce sont ces détails qui nous ancrent dans le présent et créent des souvenirs aussi uniques que ceux que j’ai de ma première fois dans les Dolomites. Car, parfois, la meilleure façon de comprendre un « trois mille » est de commencer par découvrir ce qui pousse à ses pieds.
Il est indéniable qu’atteindre les plus hauts sommets a sa récompense. De là, on peut contempler l’immensité, ainsi que d’autres montagnes qui, à contre-jour, ressemblent à des découpes superposées les unes aux autres. Qui ne reste pas sans voix devant Tre Cime di Lavaredo, avec sa silhouette emblématique ? Mais même avec cette photo devant moi, et après avoir crié quelques « wow! », je m’arrête de marcher, jette mon sac à dos par terre et m’approche d’une fleur (dont je n’ai jamais su le nom en raison du manque de couverture) avec une curiosité différente, me transformant presque en insecte, et je pense que j’aurais dû apporter un microscope. Une idée absurde, car mon intention était de marcher léger et d’entretenir une conversation plus ou moins fluide avec ma partenaire d’aventure lors de ce voyage, Ana Grau.
Nous n’étions pas des amis proches, mais la proposition de passer une semaine à visiter les Alpes italiennes en été était le plan parfait pour quelqu’un qui donne la priorité à la montagne pendant les « mois de plage ». J’allais transférer ma passion pour le plein air, acquise dans ma patrie de Soria, vers l’une des destinations les plus attractives d’Europe. Je me souviens avoir tout préparé à la maison avec Ana à l’autre bout du fil, vérifiant que nous n’avions rien oublié. Tout était prévu : en voiture depuis Milan (même si je recommande d’entrer dans les Dolomites depuis Venise) et un itinéraire qui s’est avéré digne des sportifs d’élite, avec des journées de 48 heures. Et puis…
