La Rioja, à son rythme

Je ne me considère pas comme une personne asociale ou particulièrement seule, mais il y a des moments où je préfère être seule. Courir à travers la Casa de Campo, s’évader quelques jours pour pêcher ou gravir la Maliciosa sont des expériences qui, puisqu’elles ne sont pas partagées, sont vécues différemment. Le bruit diminue, l’attention s’affine et le lieu s’impose. Voilà à quoi ont ressemblé mes journées en parcourant La Rioja sans compagnie : un voyage tranquille, sans interférence, où tout se passe à son rythme et dans le calme.

Je ne vais pas découvrir le pays du vin à ce moment de ma vie. La Rioja, heureusement, s’explique depuis des siècles. Mais ici, boire et manger font partie d’une même conversation avec le temps et avec la terre. Au-delà des vignobles, le paysage est marqué par des monastères qui étaient bien plus que des espaces de prière : des lieux où une grande partie du savoir qui nous définit aujourd’hui a été écrite, copiée et préservée.

Je quitte Madrid en voiture et le rythme commence à ralentir à mesure que je quitte la ville derrière moi. Je quitte l’autoroute en direction de Pancorbo et, une fois sur les terres de la Rioja, Carla me salue pour me montrer le premier des trois monastères balisés sur le parcours : l’abbaye de Cañas. Dans la salle capitulaire, la lumière traverse les vitraux en albâtre et révèle la sobriété du gothique cistercien. L’épaisseur des plaques d’albâtre et leur capacité à laisser passer la lumière sont surprenantes.

Le même soir, je reste seul dans la cathédrale de Santo Domingo de la Calzada, après avoir terminé la dernière visite de groupe prévue. Le silence est accablant. À côté du tombeau du saint, un coq et une poule vivants rappellent l’une des légendes les plus connues du Chemin de Saint-Jacques : celle du pèlerin injustement pendu qui lui sauva la vie grâce à son intercession.