Une heure et demie de route suffit pour que Madrid cesse de se sentir madrilène. Sur le chemin de Madarcos, ville située dans la Sierra Norte, l’asphalte se rétrécit, l’air devient plus pur et le paysage s’ouvre sur une succession de hautes prairies, de clôtures en pierre et de collines balayées par le vent. Une fois sur place, le silence devient le compagnon de voyage idéal et la solitude désirée, une muse : avec à peine 70 habitants inscrits, c’est l’une des trois communes les plus peu peuplées de la Communauté de Madrid.
Élevée à plus de mille mètres d’altitude, c’est précisément sa condition d’isolement qui explique l’origine de la ville, née au Moyen Âge, liée aux processus de repeuplement et à une économie agricole et d’élevage basée sur l’usage communal des pâturages et des montagnes. Pendant des siècles, elle a fait partie d’un réseau de petites villes reliées uniquement par des routes à bétail et des relations de subsistance.
La vie austère, déterminée par l’altitude, le climat et l’autosuffisance, a sans aucun doute marqué l’avenir de Madarcos, qui a subi – comme tant d’autres villes espagnoles – le dépeuplement au XXe siècle, un processus qui a réduit le recensement au minimum, mais qui a également permis de maintenir intacte la structure urbaine. Dans la maçonnerie de ses demeures, granges, moulins et clôtures, on peut encore lire l’histoire d’un Madrid qui perdure et que l’on apprécie de plus en plus.
Le village
La manière idéale de découvrir la ville est de marcher sans but, même si –becquet– de bout en bout, cela peut prendre environ cinq minutes. Une retraite transformée en privilège, si l’on tient compte du fait qu’à Madarcos, où l’architecture populaire coexiste avec le paysage, le temps passe à un rythme différent ; celui de sa montre, un cadran solaire qui servait autrefois à organiser les quarts d’irrigation lorsque l’eau était canalisée par le fossé. « Ici, le tourisme n’est pas une précipitation, c’est une pause ; ce n’est pas une consommation, c’est une expérience. L’avenir appartient aux destinations qui prennent soin de ce qu’elles sont. Et Madarcos le fait tous les jours », confirme Eva Gallego Berzal, sa maire.
Oui ou oui, nous passerons devant l’église de Santa Ana, au centre de la ville, dont le clocher, avec deux cloches, fonctionne plus comme une référence visuelle que comme un repère monumental. Sobre et médiévale, elle est depuis le lieu de rencontre d’une paroisse minimale. À quelques mètres, nous trouverons le pylône, la fontaine de La Panza et l’étagère à chaussures, qui servait à « ferrer » les vaches. Aujourd’hui, alors que ces structures ont disparu de la majorité du territoire rural madrilène, leur existence nous permet d’imaginer une époque où l’élevage marquait le rythme quotidien.
