Si j’avais écrit « viva » là-haut au lieu de « live », ce que j’ai failli faire parce que bon, vive le clickbait, peut-être que vous auriez sauté. Je n’ai pas osé, c’est vrai, mais comme c’est insensé de devoir toujours être prudent et que, quand on hisse des drapeaux, on préfère s’en tenir à la Brésilienne en tongs. Ce ne sera pas le cas. Ce n’est pas la tour de guet pour entrer dans les jardins, ni moi ni vous ne le voulez, mais c’est plonger tête première en Espagne. Parce que nous le faisons toujours et nous aimons ça. De plus, dans les derniers numéros de notre magazine imprimé, nous vous avons parlé d’Aragon avec la même fascination que si nous avions traversé la Patagonie, Lanzarote comme si elle atterrissait à Bornéo et La Corogne comme si c’était Boston qui, voyez-vous, est sa voisine d’en face. Mais maintenant, nous sommes allés plus loin.
Dans les pages de notre numéro de printemps (à partir du 6 mars en kiosque) vous découvrirez une Murcie infiniment plus belle que belle signée Leafhopper Project, alias Blanca et David ; les belles cartes postales que Sergio Martínez a capturées en Navarre ; il Romance presque Lorca avec lequel cinq jeunes photographes, Alejandra Mere, Alicia Arce, Racccle, Celia Carrillo et Almudena Blasco, ont redéfini le thème andalou avec l’aide de la marque de bijoux Alhaja ; une Minorque de Rafa Estefanía qui sent et a le goût de la fumée… Vous découvrirez une grande partie de l’Espagne sous un autre angle, c’est vrai. Et pas seulement.
À la fin de l’année dernière, lors d’une de ces réflexions spontanées qui éclatent dans la rédaction alors que nous débitons des bêtises, et même beaucoup de choses, nous avons décidé que le moment était venu de revendiquer la réinvention du cliché espagnol. Bref, pour dire au monde ce qui est déjà évident : l’Espagne a longtemps été autre chose, c’est plus de choses. Ni soleil, ni plage (seul), ni paella, qui n’est presque jamais de la paella, ni sangria (quelle nécessité), ni toreros, ni flamenco, et il n’est pas non plus, je dirais presque, cet Almodóvar qui a tant et si bien fait lorsqu’il a soutenu la précédente réinvention du corpus national. L’Espagne en 2026 est en passe de devenir la première puissance touristique mondiale, une question qui a ses avantages (quelques-uns) et ses inconvénients (hélas) et qui certifie en même temps où se concentre notre plus grande industrie : dans l’hôtellerie soutenue par une pléthore de scènes culturelles et sociales.
Voir photos : Gold List 2026, les meilleurs hôtels du monde
Et si l’Espagne est à la mode, c’est aussi grâce à ceux qui redéfinissent le cliché, le souvenir. Rosalía, star galactique qui chante la même chose avec Björk alors qu’elle prépare une omelette dans l’édition américaine de Vogue. Carlos Alcaraz, le numéro 1 auquel on ne s’attendait pas (mais qu’on désirait) après le long effet Nadal. Oliver Laxe, que nous avons découvert ici il y a longtemps dans sa maison à Os Ancares et que nous regardons maintenant, à Cannes, aux Oscars. Mais derrière ces évidences, il y a bien plus encore. Comme les frères Toni et Harry Serra, promoteurs d’une nouvelle façon d’appréhender l’hospitalité ; le collectif créatif Winner Circle, débordant de talents ; l’artiste Nieves González ; le cinéaste Alauda Ruiz de Azúa, le chef Aitor Zabala… Ce sont eux qui fabriquent le drapeau d’un pays très populaire là-bas ; parce que je voyage j’atteste. Alors disons-le. Vive l’Espagne !