Peut-on « réenchanter le monde » grâce au voyage ?

Une retraite nature, un bain dans la forêt japonaise ou une simple promenade parmi les amandiers de votre ville. L’éthique environnementale a nourri des mouvements quotidiens en marge du capitalisme qui contribuent à un possible réenchantement du monde. Michel Maffesoli, professeur émérite à la Sorbonne (Paris), a longuement réfléchi sur ce retour du sacré dans la vie quotidienne dans son essai Le réenchantement du monde :

« Il y a une saturation des valeurs modernes. Et dans cette époque en gestation, le sacré revient, surtout chez les jeunes générations », estime l’auteur de l’essai Du Nomadisme. « Il est vrai qu’aujourd’hui les grandes institutions touristiques s’efforcent de développer une conception beaucoup plus rigide et consumériste de l’errance. Mais il ne faut pas oublier – et ici les médias jouent un rôle très important – qu’il existe, et de manière de plus en plus importante, un « nomadisme » qui échappe justement à la société de consommation. »

Selon Maffesoli, le nomadisme est l’une des « structures anthropologiques » qui ont marqué toutes les civilisations et qui retrouvent aujourd’hui une vigueur incontestable, que les réseaux sociaux et la cyberculture tendent à valoriser : « Nous vivons, de ce point de vue, une transition dans laquelle le voyage, étant d’une certaine manière un chemin initiatique, tend à se développer dans toutes les générations, promouvant l’expérience qui caractérise la vie humaine au-delà de ce que dictent les institutions officielles. »

De cette perception naît le concept être-ensembleou le nouveau « être-ensemble », qui se caractérise par la recherche d’une vie liée aux tribus ou aux groupes sociaux du monde entier afin de promouvoir « l’éthique de l’esthétique ». Cette discipline défend que l’art et la beauté doivent transcender la simple décoration pour refléter les valeurs, la dignité humaine et la vérité.

« De ce point de vue, on peut considérer que le nomadisme postmoderne réinvestit le sens du sacré et l’incarne dans la vie quotidienne. Il s’agit de cette dimension sacrée qui caractérise le voyage et aborde l’invisible depuis le sensible », ajoute Maffesoli. « Par exemple, saint Thomas d’Aquin, philosophe du XIIIe siècle, met l’accent sur la relation structurelle entre le corps et l’esprit à travers le voyage. »

Arbres et croyances animistes au Tamil Nadu, dans le sud de l’Inde.