Des escaliers qui semblent sans fin, des parkings souterrains, des halls d’entrée déserts, des quais où l’on attend seul l’arrivée du train, des changements de ligne de métro en dehors des heures de pointe, des aires de service à minuit… Ils ne sont ni l’origine ni la destination, mais le voyage. Et c’est peut-être pour cela qu’ils sont si dérangeants lorsque nous y restons plus longtemps que nécessaire.
Il existe d’ailleurs un mot pour décrire l’inconfort et la mélancolie inattendue que l’on ressent lorsqu’un lieu normalement plein de vie se retrouve soudain déserté : la kénopsie. Qui n’a pas fait l’expérience de ce halo fantomatique à une occasion ? Le centre commercial avant son ouverture complète, la piscine municipale en hiver ou le couloir d’un hôtel lorsque nous sommes les seuls clients. Ce qui dérange, ce n’est pas le lieu lui-même, mais l’absence de présence dans des espaces conçus pour être habités.
Notre esprit s’attend à des conversations, des pas, du bruit et des mouvements, mais lorsqu’il n’y a que du silence, quelque chose cesse de cliquer. Les espaces liminaires se situent précisément sur cette frontière diffuse où la familiarité se confond avec un subtil sentiment de malaise.
David Lynch y était déjà allé
Bien avant que la communauté numérique ne nomme le phénomène The Backrooms, le cinéma l’explorait depuis des décennies. Et s’il existe un grand maître de la liminalité cinématographique, c’est probablement David Lynch. La chambre rouge Pics jumeaux (1990) est peut-être l’un des espaces liminaires les plus emblématiques de la culture populaire : une salle d’attente surréaliste avec un sol en zigzag et délimitée par des rideaux de velours rouge qui séparent les différentes dimensions.
Cette même logique réapparaît encore et encore sur grand écran : dans La lueur (1980), Stanley Kubrick transforme l’Overlook Hotel en un labyrinthe de couloirs interminables et de pièces vides. Dans Vivarium (2019), un quartier résidentiel parfaitement ordonné et inhabité se révèle être un piège sans issue pour le couple protagoniste. Par contre, dans le film d’horreur Nous (2019), attention, becquet, des doubles de la famille principale émergent de couloirs souterrains remplis de lapins.