La question n’est plus de savoir si on va se reposer à la campagne, mais si on va montrer qu’on s’est reposé. Les réseaux sociaux jouent ici un rôle ambivalent. D’une part, ils ont contribué à diffuser le désir du cabañil à l’échelle mondiale. Sans Instagram, nous n’aurions peut-être jamais entendu parler de petits projets authentiques, et nous n’aurions pas non plus été inspirés par la recherche d’alternatives plus durables au tourisme de masse. Mais en même temps, ils sont l’ennemi numéro un de la déconnexion. Tout se partage, tout s’affiche, tout devient contenu. Des lieux auparavant anonymes deviennent viraux en quelques heures, devenant saturés jusqu’à perdre ce qui les rendait spéciaux.
Nous recherchons la forêt pour nous reposer du bruit urbain, mais nous transportons avec nous le bruit numérique, et dans cette friction le sens profond de l’expérience se dilue. La cacañification n’est pas seulement la conséquence d’une tendance touristique, elle est un symptôme de notre rapport à la nature : nous la désirons, nous l’idéalisons, nous l’exploitons… mais en même temps, nous en avons besoin pour survivre.
Le refuge dont nous avons besoin
La cabane a toujours été un symbole de résistance. Des cabanes néolithiques à Thoreau en Waldendes ermites médiévaux aux résidences d’été nordiques, tous avaient le même élan commun : échapper à la saturation et retrouver l’essentiel. Cette impulsion n’a pas disparu. Ce qui change, c’est la façon dont nous le canalisons. Nous devons repenser notre relation avec eux, avec la nature. Ces deux éléments nous rappellent de manière vitale qui nous sommes lorsque nous éteignons le téléphone pendant quelques heures. Nous ne devons pas tomber dans le pessimisme ; la cabine reste un rappel que nous pouvons vivre plus lentement. La clé réside peut-être dans la manière dont nous voyageons, dont nous consommons ces expériences tout en respectant l’environnement, sans tomber dans le FOMO.
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J’écris ces lignes avec le même mélange d’enthousiasme et d’inquiétude que j’ai ressenti cet après-midi de 2009 devant la cabane de Jens Risom. Plus de quinze ans ont passé et je crois toujours que les cabanes nous guérissent. Mais je sais aussi que si nous ne prenons pas en compte cette idée, nous risquons de la vider de son sens. La nature n’a pas besoin de plus hashtags Fini les décorations, il faut du respect. Et nous, en tant que voyageurs, devons y revenir sans filtres. C’est peut-être là le vrai chemin : réapprendre à habiter la terre avec moins de bruit, moins de précipitation et plus de silence.