Christine Nagel donne une touche salée à notre peau

CNT. Que signifie pour vous l’élégance en parfumerie ?

CH. N. Je crée des parfums d’exception, ils devraient l’être et ils le sont. J’aimerais parler un peu plus de ces valeurs. Il y a quelque chose que j’ai remarqué en revoyant les formules de mes prédécesseurs : chez Hermès, nous avons tendance à créer des formules assez courtes. Je pense que cela rejoint notre vision de la mode, du vêtement. Les choses peuvent paraître simples, mais chaque détail compte. Il existe de minuscules détails invisibles que seuls les experts reconnaîtront. Par exemple, dans les pantalons pour hommes, les poches sont parfois doublées de cuir d’agneau. C’est un détail subtil que seule la personne qui porte ce pantalon remarquera.

Dans certains parfums, je porte beaucoup d’attention à la qualité de mes matières, je passe beaucoup de temps à choisir les bonnes matières, autant qu’un artisan choisit le cuir à utiliser pour un sac, et le temps est un merveilleux allié. Pour moi, l’élégance réside dans une certaine simplicité et une qualité irréprochable des matières premières. Bien sûr, je dois m’adapter au style de la maison pour laquelle je travaille.

CNT. Je pense que vous possédez certaines compétences techniques qui ont désormais été remplacées par la technologie. Que pensez-vous du rôle de l’intelligence artificielle en parfumerie ?

CH. N. Comme je l’ai dit, je suis curieux. Et bien sûr, je suis aussi curieux de connaître les technologies. Je suis allé voir certains systèmes de formulation basés sur l’IA avec un de nos partenaires, il y a une partie qui ne m’intéresse pas beaucoup : saisir des milliers de formules puis générer différentes propositions. Je ne pense pas que cela fonctionne vraiment. Je crois aux humains en matière d’émotions, mais je m’intéresse à l’IA. Par exemple, j’aime une matière première qui a un arôme très particulier, comme le métal chaud. Ce que j’ai essayé de faire avec l’IA, c’est d’étudier ce avec quoi elle n’a jamais été utilisée auparavant, et sur les 25 propositions, seules deux peuvent être intéressantes, mais cela me fait gagner du temps, car cela me permet d’aller là où d’autres n’ont pas essayé auparavant. C’est ma façon de faire les choses avec ma propre expérience. Les jeunes parfumeurs auront sans doute une approche très différente et c’est une bonne chose. Cela dit, je pense que l’émotion, l’erreur humaine, tout ça fait qu’on peut avoir des vibrations irrationnelles qui sont très intéressantes.

CNT. L’industrie du parfum semble parfois très sérieuse. Comment capturez-vous votre sens de l’humour dans vos créations ? Si vous le faites…

CH. N. Comme je l’ai déjà dit, je pense avoir conservé mon esprit d’enfant et je n’ai peur de rien. C’est pour ça que parfois je fais des choses qui semblent folles. J’ai capturé l’arôme du fumier, j’ai essayé de recréer cet arôme si caractéristique du monde équestre, celui que chaque cavalier porte avec lui comme une trace (Paddock d’Hermès). Mais ce n’est qu’un exemple ; J’en ai beaucoup d’autres de ce type.