Autrefois, la barrière entre notre corps et le monde était plus fine, presque transparente : nous créions des onguents curatifs à base d’herbes, nous suivions les phases de la lune pour comprendre les récoltes, et la sensibilité des vagues nous guidait entre des îles nocturnes sans phares ni lampes de poche. C’était l’époque d’avant la tyrannie de la technologie et de la productivité qui nous déconnectait de ce qui est vivant, sans nous donner la permission de faire une pause. Et bien sûr, le corps s’exprime rapidement sous forme de maux, d’irritations et de signes indiquant que quelque chose ne fonctionne pas.
« Les pratiques somatiques nous apprennent à être attentifs à nos sensations et à les considérer comme un champ d’information. C’est par notre perception corporelle, que ce soit par l’attention tactile, la vue ou le langage transmis par le son, que nous interagissons avec notre environnement et habitons le monde », explique Clémentine Antier, fondatrice de Moving is our nature, à Condé Nast Traveler. « En impliquant tous nos sens, l’écosomatique élargit nos capacités perceptives et remet donc en question les définitions conventionnelles de l’intelligence et de la connaissance. Et nous savons déjà que, dans le cas du voyage, « connaître » un lieu va bien au-delà du simple « l’avoir vu ». »
Une fois que nous commençons à bouger avec détermination, les premières questions se posent : « Comment se sent cet endroit ? » « Qu’est-ce qui change en moi quand je suis à côté de cet arbre ? » ou « Si je ferme les yeux, que puis-je savoir sur l’ici et maintenant ? » Cependant, l’envers de cette immersion dans les plages, les sommets et les tapisseries florales nous amène aussi à nous poser la grande question : « Comment est-ce que j’influence le paysage local ?
« La pratique écosomatique libère notre intelligence relationnelle. Elle nous rend plus conscients de la présence des autres, mais aussi de la présence de soi et de sa résonance au sein du collectif », explique Clémentine. « Les habitants locaux possèdent également une immense connaissance des écosystèmes et des paysages dans lesquels ils vivent. L’écosomatique peut également être un moyen d’engager des conversations significatives avec eux, en reconnaissant leur appartenance au lieu et en valorisant la transmission d’informations écologiques aux visiteurs comme une forme de « cadeau ».
En suivant un « alphabet touristique » en un temps record, on se perd dans une séquence qui nous prive du simple plaisir de séjourner, d’être et de tenter de se fondre avec un territoire qui a beaucoup à offrir.
« Lorsque vous partez en voyage, je vous invite à ressentir la terre, à ressentir l’altitude, la température, l’humidité, à ressentir les différents sons, à observer les oiseaux et à ressentir ce qui se passe dans votre corps devant la beauté, la robustesse, la force de chaque territoire que vous visitez », ajoute Adriana Ordoñez, PDG de Vivencia Eco-somática.