« La ville sans images », une histoire à parcourir avec d’autres yeux

JGB : En se promenant dans le centre d’une ville et en voyant une cathédrale, la personne sans prosopagnosie voit le bâtiment qui était censé avoir existé au moment de sa construction. Il a l’idée qu’il est là depuis le siècle où il a été construit. Cependant, Le prosopagnosique perçoit les travaux réalisés, la restauration, le remodelage de l’environnement urbain… Voyez le changement au-dessus de l’image fixe. Et c’est pourquoi elle ne distingue pas la cathédrale du nouveau centre commercial ou du magasin ouvert de l’autre côté.

CNT : La ville de Mérida en est un bon exemple. Comme vous le dites dans le livre, ils contiennent tous de nombreuses villes en eux-mêmes.

JGB : Je trouve cette référence très drôle. Cela vient d’un professeur que j’avais au lycée et qui disait qu’à Mérida, chaque fois qu’on creusait, davantage de Mérida apparaissait. Il parlait bien sûr de son passé. C’était amusant pour moi de parler, non seulement de ce sens matériel, de l’excavation, mais aussi comprendre la ville comme un espace de fouille de l’image. Chaque fois que vous supprimez une image de quelque chose, une autre apparaît derrière. Chaque fois que vous détruisez un monument, un autre apparaît. Comme s’il s’agissait d’une sorte de cercle d’images. Il y a toujours quelque chose derrière. La ville elle-même a pour origine la ville elle-même et pour avenir, davantage de ville. D’une certaine manière, il n’y a pas d’échappatoire dans ce sens.

CNT : À quoi ressemblent ces villes qu’il voit ?

JGB : Il est capable de voir la tromperie des villes modernes, c’est-à-dire qu’ils sont fixes et basés sur des espaces monumentaux et périphériques, dans les centres et les banlieues. Pour lui, tous ces types de hiérarchies et d’organisations qui nous sont données s’effondrent soudainement. Je pense que, tout comme ça lui arrive, nous devons reformuler et repenser les villes en suivant d’autres voies. C’est le sens de faire des circuits à Madrid, Londres et Séville dans lesquels on repense à toutes ces choses sur l’endroit où se trouvent les monuments, où il faut regarder, ce qu’on dit toujours avoir été là, etc.