En gravissant les échelons les plus hauts possibles, dans les années 1940, María Reiche a redécouvert le monde. Dame Nazca (sortie en salles le 3 juillet), le premier long métrage de Damien Dorsaz, raconte l’histoire de cette femme et parle au passage de réapprendre à regarder ce qui nous entoure, de réfléchir sur notre passé et de se repositionner dans le monde en sachant combien nous pouvons être petits face à l’immensité de l’univers, de ceux qui nous ont précédés et de ceux qui viendront.
Dorsaz a visité le Pérou pour la première fois il y a 30 ans, juste après avoir terminé ses études universitaires. « C’était un voyage en solo, le premier que j’ai fait en tant qu’adulte avec l’intention de chercher d’autres vies, d’autres idées, d’autres voies », expliquait-il lors des rencontres d’Unifrance à Paris en janvier dernier. Au cours de ce voyage, il a eu la chance de rencontrer Maria Reiche, « déjà très âgée, car elle est décédée deux ans plus tard », mais son histoire est restée gravée dans sa mémoire.
Il lui a fallu deux décennies pour avancer Dame Nazca. Elle est retournée au Pérou à plusieurs reprises, d’abord avec l’idée de réaliser un documentaire sur elle et Nazca. Elle a filmé les archives, les Lignes, le désert… « Mais je manquais d’émotion et j’ai réalisé qu’il fallait que ce soit une fiction pour pouvoir transmettre au public l’énergie et la force de sa vie, et aussi avoir l’occasion d’exprimer à travers elle des problématiques plus intimes, des questions métaphysiques… J’ai voulu faire voyager le public main dans la main avec cette femme qui a trouvé le lien avec le monde, entre le passé et le présent », poursuit Dorsaz.
María Reiche était arrivée au Pérou en 1932, d’abord comme gouvernante auprès de familles riches. Jeune allemand, bien instruit, mathématicien, archéologue, possédant des connaissances en langues, c’était un profil très recherché. En 1941, elle arrive pour la première fois aux lignes de Nazca, avec un groupe d’archéologues, lors d’un voyage de loisirs et elle tombe amoureuse de ce lieu magique. Il a décidé de revenir et de revenir jusqu’à ce qu’il reste, il a vécu avec les peuples indigènes de la région, il a balayé le désert le matin, il a grimpé sur les échelles et les collines en essayant de dessiner ces figures zoomorphes, phytomorphes et géométriques qui gardaient des secrets ancestraux et cosmiques. « Il a passé les 50 années suivantes à balayer le désert », résume Damien Dorsaz, mais aussi à se battre avec les administrations et les grands hommes d’affaires pour les préserver.