Le Tour de France de l’intérieur

Le Tour de France est sans aucun doute l’événement cycliste le plus célèbre au monde. Et ce n’est pas moi qui le dis, mais des millions de personnes expertes en la matière. Et ma mère. Parce que c’est elle qui, quand j’étais encore petite, m’éteignait la télévision tous les après-midi de juillet pour m’obliger à faire la mythique sieste de l’été. Je savais que c’était une bataille perdue d’avance. Personne n’allait m’empêcher de voir comment Pedro Delgado, Miguel Indurain, Peio Ruiz Cabestany, Laurent Fignon, Greg Lemond ou encore Marino Lejarreta se donnaient chaque jour à fond sur l’asphalte de l’emblématique manche française.

Ce métier de journaliste voyage m’a procuré d’innombrables joies, mais sans aucun doute l’une de celles dont je me souviens le plus avec tendresse est celle d’être invité à vivre le Tour de France dans son essence même. Une chaîne hôtelière française m’a proposé de participer au Tour Caravan. Ce n’était que pour une étape. Mais quelle scène ! Le 14 juillet, fête nationale française, j’ai vu se réaliser un de mes rêves de jeunesse : participer au Tour de France. C’est ainsi que vous vivez de l’intérieur.

Arrivée au départ à Montpellier

J’ai voyagé le 13 juillet en train de Madrid à Montpellier. J’adore voyager en train. C’est mon moyen de transport préféré et pouvoir voyager lentement jusqu’à ma destination m’a donné l’occasion de mieux connaître mon compagnon de voyage, Raúl, un type formidable spécialisé dans les publications cyclistes.

Nous sommes arrivés au crépuscule, avec juste le temps de dîner et de nous promener dans le centre historique de cette belle ville médiévale du sud de la France. Montpellier respirait la vie à la veille du plus important festival de France. Le lendemain matin, il faisait beau. La chaleur méditerranéenne s’est accrochée très tôt à la peau et l’air sentait le café et le croissant en terrasse, mêlés à cet arôme incomparable de caoutchouc et de graisse de vélo que l’on ne reconnaît que si l’on a vécu le Tour de l’intérieur.

Les rues pavées d’Écusson, ce centre historique labyrinthique de la ville, étaient envahies par des panneaux publicitaires, des caravanes publicitaires et une foule rassemblée sur plusieurs rangs pour voir passer les coureurs au moment du signal de départ.

Montpellier, avec son énergie jeune et universitaire, semblait faite pour recevoir cette ambiance de fête. La place de la Comédie grouillait de drapeaux, la sonorisation bavardait sans arrêt et on sentait cette nervosité collective si particulière aux jours des grandes scènes, la ville retenant son souffle sachant que, dans quelques minutes, le peloton partirait pour le géant du Ventoux.