Ce quartier, qui n’est même pas officiellement considéré comme tel, est en quelque sorte Londres. On le laisse souvent de côté, mais si l’on fait un détour de deux minutes du chaos d’Oxford Street, entre Marylebone et Bloomsbury, on y trouvera un résumé de cette ville. Il y a un patrimoine littéraire et artistique, une ambiance multiculturelle, des endroits où l’on peut dîner pour 15 livres et vingt fois plus, et des jardins secrets et pas du tout secrets. Et tout cela dans quelques rues seulement.
Moins de dix mille personnes vivent à Fitzrovia et la légende que nous choisissons de croire dit que Lady Gaga en fait partie. Virginia Woolf en était une autre et Charles Dickens, une autre. Lors de votre visite, recherchez les plaques bleues qui marquent leurs maisons. Rendons grâce au premier pour votre propre chambre et au second pour avoir changé notre conscience. Et dites « oh » quand vous découvrez que Bernard Shaw vivait dans le même immeuble que Woolf quelques années avant elle. Rester là à regarder les façades et à imaginer leur vie donne un sens à cette promenade, à ce voyage qui est un grand voyage.
Fitzrovia est accessible à pied, très accessible à pied. Il est intéressant de le faire les yeux grands ouverts, pour voir le contraste entre l’architecture géorgienne, art déco et contemporaine. Nous nous faufilerons dans Colville Place, une de ces ruelles londoniennes qui nous font rêver d’y vivre et nous rappellent que Londres peut aussi être coquette. Si vous marchez jusqu’au bout (vous prendrez pas mal de photos), vous trouverez un parc. Asseyez-vous dessus et lisez De grandes attentes. Vous venez déjà de Fitzrovia.
Les gens vont dans ce quartier qui n’en est pas un pour remplir deux fonctions fondamentales : romantiser et manger. Tous deux nous maintiennent en vie, nous les âmes mythomanes, dont nous sommes nombreux ici. La mythomanie se satisfait dans ces rues. Nous continuons à chercher des plaques bleues. Sur Tottenham Street, nous trouvons la maison de Charles Laughton et Elsa Lancaster. Nous porterons le roman dans notre poche, ou simplement le lirons. Samedi de Ian Mc Ewan, qui vivait à Fitzroy Square : quelle chance pour l’écrivain. Bob Dylan a fait ses débuts à Londres au pub King & Queen de Foley Street et Coldplay s’est formé au Ramsay Hall. Deux films ont été tournés dans ses rues qu’on a toujours envie de revoir, voyeur (Michael Powell, 1960) et Le fil invisible (PT Anderson, 2017). Pour une petite zone, sa dose de culture pop est assez importante.
