La gastronomie comme axe du voyage
A Torralbenc, la matinée commence avec du pain croustillant, de l’huile d’olive extra vierge et de la sobrasada tiède, la plupart des épiceries fines viennent de la même ferme. Ici, la valeur réside dans la qualité et l’origine de chaque ingrédient, et non dans l’extension répétitive.
« Dès le début, nous avons proposé un menu au petit-déjeuner. C’est une distinction qui s’ajoute à l’excellence », explique Gerardo Espinoza, chef de la maison, conseillé par Gorka Txapartegi, chef étoilé Michelin. Sa proposition choyée, concise et réfléchie répond à un convive conscient et exigeant.
Il suffit de regarder autour du magnifique jardin de bougainvilliers, d’oliviers et de lavande pour constater que la scène confirme la tournure des événements. Celui qui, dans d’autres circonstances, se serait précipité dans le libre-service reste désormais assis et respire l’air pur au bord de la piscine. Le film gagne en intimité et en rythme.
Un modèle hybride est également visible au METT Barcelone, au El Lodge Sierra Nevada, où le buffet fait office de bienvenue légère tandis que les plats sélectionnés dans le menu arriveront fraîchement préparés. Ou à Finorri, à l’hôtel Condal, dont le chef, Josep Nicolau, revendique « l’esmorzar de forquilla » – petit-déjeuner à la fourchette –, avec des suggestions aussi fortes que certaines tripes (attention, il est apprécié de déguster des recettes indigènes au cœur du quartier gothique).
Chez Lopesan Hotel Group (avec des hôtels à Fuerteventura, Gran Canaria, Autriche, République Dominicaine et Allemagne), la modération fait partie d’une stratégie structurelle basée sur la purification et non sur la limitation.
« En 2025, le groupe a réalisé une réduction de 72,27 % de ses excédents, en donnant la priorité aux produits locaux cultivés dans le domaine Veneguera, à Gran Canaria », explique Ignacio Bernaldo de Quirós, directeur général d’A&B.
Redéfinir le luxe
Ce sont des exemples qui vont à contre-courant de nos vies hyperstimulées, accélérées et définitivement interrompues. Nous sommes une société qui veut tout, tout le temps. Mais nous sommes aussi autre chose : en nous vit non seulement quelqu’un qui accumule et consomme sans pause, mais aussi quelqu’un qui aspire à une véritable attention, à des soins conscients et à une affection très éloignée de la stridence. Quelqu’un qui n’a pas besoin d’être ébloui par une vitrine infinie, comme un enfant dans un magasin de bonbons, mais plutôt de se sentir accompagné, compris et traité avec la considération qu’un adulte mérite. Aha, leçon d’habemus : l’élégance consiste à choisir avec discernement. Choisir.