Ainsi est né, à la fin du XIIe siècle et au début du XIIIe, un projet qui continue encore aujourd’hui d’étonner les architectes et les archéologues. Nous parlons de 11 églises monolithiques creusées directement dans la roche volcanique de la montagne, non pas construites pierre sur pierre, mais sculptées de l’extérieur vers l’intérieur, comme quelqu’un sculptant une image dans un bloc de marbre.
Les histoires que j’ai entendues affirment que les hommes travaillaient le jour et que les anges continuaient le travail la nuit, ce qui expliquerait la rapidité – humainement inexplicable – avec laquelle une telle entreprise était achevée.
En marchant entre ces façades rougeâtres, tandis que le soleil du milieu de la matinée enflammait la pierre, il était facile de comprendre pourquoi cette légende a survécu près de 800 ans sans que personne ne ressente le besoin de la nier.
Le prodige d’une architecture à l’envers
La première chose qui vous surprend dans le complexe de l’église de Lalibela n’est pas ce que vous voyez, mais ce qui manque, car il n’y a pas de murs ajoutés, pas de blocs encastrés, ni de mortier.
Chaque temple est un morceau unique de tuf volcanique, un monolithe parfait arraché à la montagne. Les tailleurs de pierre du XIIe siècle ne construisaient pas vers le haut, comme le veut la logique de tout bâtiment, mais vers le bas.
Ils ont d’abord creusé d’énormes fosses autour du rocher choisi, isolant un bloc solide du reste du versant, puis ont commencé à vider son intérieur, sculptant portes, fenêtres, colonnes, voûtes et autels dans un travail d’une précision obsessionnelle.
Le résultat est un ensemble de temples qui s’enfoncent dans la terre au lieu de s’élever au-dessus, reliés les uns aux autres par un labyrinthe de tunnels, de passages et de tranchées qu’on explore presque à tâtons, effleurant avec ses doigts une pierre polie par les mains et les genoux des pèlerins depuis 800 ans.