Le printemps au Levante est devenu imprévisible : il y a encore des dimanches pluvieux avec des bougies allumées, des journées radieuses où des fleurs oranges invisibles semblent tomber du ciel, ou des grillons dans les patios voisins qui annoncent déjà l’été. Le phare de Santa Pola semble le sentir et brille aussi au loin, illuminant ce balcon pour me raconter d’anciennes amours, des bleus différents.
Alors je me prépare du thé et un muffin en espérant que vous m’aiderez à écrire cette lettre que je voulais vous envoyer depuis longtemps. Cela a fonctionné pour Marcel Proust lorsqu’il s’est levé un matin et qu’après avoir trempé un petit pain dans une tasse de thé, il a ouvert la trappe de nombreux souvenirs qui l’ont submergé, lui procurant un plaisir indescriptible. Ils appelaient cela la mémoire involontaire, ou l’explosion inconsciente de tant d’émotions gardées sous la clé de l’inconscient.
Dans mon cas, la madeleine n’a pas fonctionné, mais j’ai récupéré la vieille conque du tiroir.
Et j’écoutais de vieilles chansons.
Chère mer : maintenant on appelle ça « océanographie »
Maintenant, on appelle les romances avec la mer océanographie, mais la nôtre vient d’avant. À cette époque, vous étiez déjà un océan de lait baratté par les dieux hindous et vénéré à Hawaï, où vous murmurez une brise connue sous le nom de hakini. Sur chaque côte, vous êtes imprévisibles, fragments de vagues toujours à la recherche d’un rivage. Egalement un mélange d’eau et de sel qui sait apaiser après les tempêtes. J’ai encore beaucoup à apprendre.
Mais en attendant, je me souviens de ces moments : cette nuit au Sri Lanka où, après des jours de maladie, je m’allongeais à côté de toi et des chiens. Cet endroit était si éloigné que même vous sembliez échapper au bruit du monde actuel.