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Le tournant viendra avec son neveu, le prince Alfonso von Hohenlohe, qui, dans les années cinquante, transforme un ancien domaine familial en ce qui deviendra le Marbella Club : plus qu’un hôtel, un mode de vie au bord de la mer. Là, parmi les jardins et les jours qui semblaient s’éloigner du monde extérieur, il a fini par rassembler une communauté aussi improbable que magnétique. Aristocrates, artistes, exilés élégants, héritiers sans royaume et figures du cinéma attirés par quelque chose de plus en plus rare : la liberté.
Ainsi, Marbella n’est pas le résultat d’un grand plan directeur, mais d’une succession d’intuitions heureuses. Avant de devenir une vitrine, c’était un refuge. Et à partir de cet équilibre délicat entre spontanéité et sophistication, une identité a commencé à se forger qui, au fil du temps, transcenderait de loin cette côte. Il n’a pas fallu longtemps pour qu’apparaissent des noms propres et des histoires qui font encore aujourd’hui partie de leur légende. On pourrait tout aussi bien croiser Audrey Hepburn se promenant au milieu des bougainvilliers, comme Sean Connery prenant son petit-déjeuner sur une terrasse ou Julio Iglesias assurant la bande originale d’une pool party. Mais ce qui a défini ce moment allait bien au-delà de cette constellation de personnages célèbres. C’était une élégance insouciante : le luxe n’était pas affiché ; Cela faisait simplement partie du paysage.
Cependant, en entrant dans les années 70, Marbella change de dimension. L’inauguration de Puerto Banús a modifié à jamais son ampleur et sa visibilité. Grands bateaux, voitures de sport, vitrines exclusives, une certaine théâtralité dans la façon de s’habiller et d’être… la démesure commençait à s’imposer comme langage. C’est le Marbella que vous avez vu au cinéma et à la télévision, dans les pages mondaines, les reportages de voyage et aussi dans des histoires moins glamour. Comme tout mythe, il a connu différentes versions de lui-même. Sous cette nouvelle couche de brillance – parfois excessive – une qualité substantielle restait intacte : mélanger les registres opposés avec une aisance presque insolente. Marbella n’a jamais été seulement une destination ambitieuse. C’était avant tout une attitude.


