Sa relation avec Picasso était devenue étroite. Il consacre sa première exposition aux dessins du créateur ayant appartenu à Gertrude Stein, guide de l’avant-garde. Durant les années 1950, son rôle de marchand pour l’artiste le plus célèbre du moment lui permet d’entrer dans l’univers de la collection à grande échelle. Des œuvres de Braque, Matisse, Klee et Giacometti s’ajoutent à ses acquisitions.
L’exposition est réconfortante car elle rappelle celles qui, avant les grandes expositions et le show médiatique, proposaient un regard personnel sur une période ou un artiste.
Les 60 œuvres exposées dessinent une vision de Picasso et Paul Klee qui se déroule comme une conversation entre les deux collectionneurs. Le visiteur peut imaginer les deux personnages devant chacune des œuvres, racontant dans quelles circonstances ils l’ont achetée et précisant que leur travail est de loin supérieur en qualité à celui de la même époque et du même style exposé par son concurrent et ami.
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Car il ne faut pas oublier que, quand on parle de collection en termes masculins, on parle d’ego. La taille compte, mais ce sont les nuances et l’aspect qu’offre l’œuvre d’art. Par exemple, l’arlequin de Picasso du Thyssen est difficile à surpasser, mais le petit arlequin sur fond rouge de Berggruen de 1905 nous emmène dans un lieu typique de la période rose du peintre.
Berggruen était plus audacieux, moins attentif à la norme que le baron. Chez Picasso, les dessins, les nus, les silènes avec danseuses, l’étude pour Les dames d’Avignon soit Dora Maar aux ongles vertsvalent à eux seuls le détour.
Paul Klee n’est pas si explicite, si charnel. C’est un peintre de tradition sensible, attentif aux formes délicates et subtiles. Il fait partie des créateurs qu’il faut apprendre à voir. C’est pourquoi, dans chaque thème proposé par l’exposition : le masque, le paysage, l’objet, l’arlequin et le nu, le maître de la couleur du Bauhaus donne une réponse qui s’oppose dans le langage à celle de Picasso.