Un récit que l’on peut appliquer à d’autres villes ou régions où les chaînes de restauration rapide et les bars touristiques menacent de dévorer le fragile tissu local noyé par la vitrine du voyage.
Cela m’est arrivé dans le quartier de San Lorenzo à Rome, où mon père et moi avons passé quatre jours à retourner dans la même trattoria jusqu’à ce que nous nous liions d’amitié avec le propriétaire et écoutions ses recommandations locales. Ou les promenades nocturnes dans la jungle jusqu’à atteindre le restaurant de Tilila et de sa famille à Tangalle, une plage du sud du Sri Lanka.
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Madhu et son restaurant de fruits de mer au Kerala, où elle m’a appris à enfiler le dhoti. La dame du restaurant cao lầu de Hoi An, au Vietnam, qui avait toujours sa fourchette prête pour moi. J’en déduis, car il était évident qu’il n’utilisait pas très bien les baguettes à l’époque. Ou le bar du coin, à la table duquel les serveurs me disent ce qu’ils écoutent et où ils dansent. Parce que les meilleures habitudes de voyage commencent toujours à la maison.
J’essaierai d’éviter la scène d’un homme du Texas buvant du whisky au bar tout en racontant ses chagrins à un barman, comme dans un tableau de Hopper ou les nuits sombres de Jack Torrance au bar Overlook à Le Brillant.
Il s’agit plutôt d’apporter une pincée de vie de quartier vers une nouvelle destination. Vivez le voyage davantage comme une approximation et non comme un spectacle. Peu importe qu’il s’agisse d’un warung d’Indonésie, d’une guachinche de Tenerife, d’un izakaya japonais ou d’une taverne estivale.
Dans un monde où nous concevons parfois la destination comme une consommation, la question n’est peut-être pas de se rendre à un endroit, mais de l’habiter de nouvelles manières. Et parfois, tout est aussi simple que de retourner à ce refuge où quelqu’un vous reconnaît derrière le robinet de bière.