Les murs de béton détruits, les anciennes voies ferrées, les guérites à moitié enterrées et les vestiges de vieux bâtiments à peine debout parlent un langage silencieux mais très éloquent.
J’ai marché lentement, presque prudemment, comme si le sol pouvait se briser sous mes pieds pour laisser s’échapper tout ce qui est resté enfoui pendant des décennies. Je pensais aux soldats polonais qui ont résisté pendant sept jours à une attaque brutale et inégale des nazis, sachant que l’aide ne viendrait pas.
Je pensais aussi au cuirassé allemand Schleswig-Holstein, ancré dans le port sous couvert d’une visite amicale, et comment, à 4h45 du matin, il commençait à bombarder la péninsule, marquant le début officiel de la Seconde Guerre mondiale. Cette précision temporelle, si répétée dans les livres, prend une autre dimension lorsque l’on est sur place, en regardant les eaux grises de la mer Baltique depuis le même point.
Je n’ai pas ressenti d’émotion explosive ni de choc soudain. C’était plutôt une sensation lente et lourde, comme si la gravité augmentait imperceptiblement. Westerplatte ne crie pas son histoire, mais la décompose petit à petit, en la murmurant à l’oreille.
C’est ce que j’ai ressenti en visitant le grand monument qui commémore la défense héroïque et le petit cimetière où l’on rend hommage aux soldats tombés au combat.
Ensuite, je me suis arrêté devant l’une des grandes casernes encore debout, essayant d’imaginer le bruit assourdissant, l’odeur de la poudre, la peur et le désespoir. Et en même temps, il m’était impossible de concilier ces images mentales avec le calme actuel, avec le chant lointain des oiseaux et le vent remuant les feuilles et agitant la surface de la Baltique.
